De ce drap mortuaire affaissé sur lui-même, de cette empreinte « en creux », va surgir l’illumination de la foi et l’exultation de la Résurrection. Une méditation* de Béatrice Guespereau, vice-présidente de l’association « Montre-nous ton Visage ».

«On pourrait dire qu’il n’est qu’une enveloppe vide. Une dépouille fragile qui aurait pu être détruite dans ce monde juif où l’on déclarait impur un tissu mortuaire, taché de sang. L’empreinte du corps sur le tissu est si légère, si mystérieuse… Comme une trace en creux, que va révéler la photographie, en faisant apparaître véritablement un corps “empli”. Comment le Christ manifeste-t-Il sa résurrection au matin de Pâques ?

Par un tombeau vide et ouvert, inexplicablement. Par un drap mortuaire affaissé sur lui-même, dont les liens n’ont pas été dénoués. Par une empreinte “en creux”. Or, c’est de tous ces “creux”  que vont surgir l’illumination de la foi et l’exultation de la Résurrection : “L’Apôtre vit et il crut ! ” (Jn 20, 8). “Pourquoi chercher parmi les morts Celui qui est vivant ? ” (Lc 24, 5). Et voilà que ce tissu riche de paradoxes nous raconte, heure par heure, l’histoire de la Passion. “Ce ne sont point des phrases que nous déchiffrons ligne à ligne : c’est toute la Passion d’un seul coup qu’on nous livre en pleine figure ”, s’exclamera Paul Claudel. L’image est sobre, mais la réalité effrayante ! Tandis que les médecins décryptent une violence sans nom, les pèlerins, en défilant devant le Linceul, découvrent une image infiniment douce, dans sa teinte blond sépia et dans l’attitude apaisée de ce corps. Il est nu, mais pudique. Il a été humilié et fouetté de la tête aux pieds, mais ce qui s’impose, c’est sa majesté. Son visage meurtri et ses yeux baissés diffusent la paix, sans l’ombre d’un reproche. “Affreusement traité et humilié, il n’ouvrait pas la bouche. Il était comme la brebis muette devant les tondeurs”, avait prophétisé Isaïe (53, 7). Un médecin, spécialiste de la douleur, affirmait devant l’attitude générale du corps, et la position des pieds l’un sur l’autre : “On voit bien qu’il était consentant : Il ne s’est pas débattu”. “Ma vie, personne ne la prend mais c’est moi qui la donne” (Jn 10, 18) : cette phrase de Jésus prend tout son sens devant le Linceul. Tout en Lui est don offert. Voilà pourquoi “ils regarderont vers Celui qu’ils ont transpercé” (Jn 19, 37) : oui, nous osons lever les yeux vers Lui et lentement, longuement, nous Le contemplons.

C’est toute l’Écriture qui prend son sens devant cette image. Les textes d’Isaïe en particulier (50, 5) : “Quant à moi, je n’ai pas résisté, je n’ai pas reculé, j’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et la face à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas soustrait mon visage aux outrages et aux crachats. Le Seigneur Dieu me vient en aide… C’est pourquoi je ne ressens pas les outrages, j’ai su que je ne serai pas confondu”.

Ce que nous apporte cette apparition formidable, c’est encore moins une vision de majesté écrasante, écrira Paul Claudel, que le sentiment en nous, par-dessous le péché, de notre indignité complète et radicale, la conscience exterminatrice de notre néant. Il y a dans ces yeux fermés, dans cette figure définitive et comme empreinte d’éternité, quelque chose de destructeur. Comme un coup d’épée en plein cœur qui apporte la mort, elle apporte la conscience. Quelque chose de si horrible et de si beau qu’il n’y a moyen de lui échapper que par l’adoration.

Ce cœur ouvert, “qui a tant aimé les hommes”, Jésus a voulu le montrer à sainte Marguerite Marie. “Je voyais ses plaies comme des soleils ! ”, dira-t-elle. Sur le négatif du Linceul les plaies sanguines sont devenues blanches, presque comme des soleils ! Comme s’Il avait peur de nous faire peur. Le sang et l’eau, c’est la vie que nous donne l’Église par les sacrements : l’eau du baptême, et le sang de la messe. Car même si la messe est un “sacrifice non sanglant”, le sang du Christ coule pour de vrai dans nos églises, tous les jours ! Dans sa contemplation, le Linceul nous offre une invitation : “Voici que je suis à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre, alors j’entrerai, je souperai avec lui et lui avec moi” (Ap 3, 20). Oserons-nous Le laisser entrer ?

*Source : Famille chrétienne

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