La résurrection du Christ

La résurrection du Christ : 2000 ans d’enquête

La communauté chrétienne est née d’un événement inouï : la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth, il y a plus de 2000 ans. Depuis, l’onde de choc de ce miracle se répand dans l’histoire : une enquête sans véritable fin. Attisant curiosité ou scepticisme… jusque dans les salles de cinéma, avec par exemple La Passion de Mel Gibson, ou, depuis le 4 mai, La résurrection du Christ !

Comment raconter la résurrection ?

« J’ai vu deux choses irréconciliables : un homme mort, à coup sûr. Et ce même homme, vivant à nouveau ». C’est par ces mots, couchés sur un papyrus, que le tribun romain Clavius informe le gouverneur pilate de sa démission de l’armée romaine. L’épisode, fictif, est un moment clé du nouveau film Risen de Kevin Reynolds, qui sort en France sous le nom de « La résurrection du Christ », le 4 mai, distribué par Sony pictures.

Ce film met en images, avec tous les codes du plénum et du film d’action, « la plus importante chasse à l’homme de l’Histoire », selon l’expression grandiloquente de la bande-annonce. Très loin des effets médiatiques, le mystère de la Résurrection des mots d’un jeune rabbi du 1er siècle de notre ère (et qui se faisait appeler Jésus, nldr) étonne surtout par sa discrétion historique. « La folie chrétienne, souligne l’exégète suisse Daniel Marguerat (*), est de croire que ce futur de Dieu a déjà commencé, mais surtout, qu’il s’est installé à la faveur d’un évènement répugnant : l’exécution d’un homme, condamné pour sauver l’honneur de Dieu » (nous racheter de nos fautes, ndlr). Seul le bouche à oreille a permis aux premiers chrétiens de le faire connaître. Sans saisir toujours toute la portée de cet étonnant miracle.

La résurrection du Christ, un miracle plus fort que les autres ?

S’agit-il bien d’un miracle de plus, parmi la longue liste des signes donnés par Jésus ? A la lecture des Evangiles, le constat est pourtant clair : cette Résurrection finale n’est pas une fin, mais le commencement de tout qui n’était, jusque là, qu’ébauché dans les enseignements et les miracles. Une clé utile du projet de Dieu pour chaque être humain : car « ni la mort ni la vie (…) ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ jésus notre Seigneur », comme le proclame saint Paul dans la lettre aux Romains (Rm 8, 38-39), lui-même converti sur le chemin de Damas, après avoir persécuté les chrétiens, en rencontrant le Ressuscité. C’est Paul aussi qui nous offre un des témoignages directs les plus anciens de la Résurrection de Jésus : « Avant tout, je vous ai transmis ce que j’ai moi reçu : « conformément aux Ecritures, le Christ est mort pour nos péchés et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour, il est apparu à Pierre, puis aux Douze. » (première lettre de Saint Paul aux Corinthiens, 1 Co 15,3-4). Un écrit qui pourrait avoir été écrit une dizaine d’années à peine après la mort de Jésus, et qui constitue le premier Credo des communautés chrétiennes. »

« Relèvement » hors de la fosse – chez saint Paul – et « réveil » d’entre les endormis de la mort – comme l’évoquait déjà le vieux prophète Daniel, dans la Bible – la résurrection des corps se manifeste comme une brèche ouverte dans notre vie matérielle la plus concrète et jusque dans son extrémité même, la mort biologique. Si l’Eglise catholique affirme « la survivance après la mort d’un évènement spirituel doué de conscience et de volonté, de sorte que le « moi » humain sudiste », qu’elle désigne par le mot « âme », elle proclame aussi dans son Crédo (ce qu’elle croit), la « résurrection de la chair ». Pour le Père Robert Shcoltus, ancien supérieur du séminaire de l’Institut catholique de Paris et actuellement curé de paroisse à Metz, il est « inutile de se faire un film – de science-fiction – sur le sujet, il vaut mieux prendre conscience que la chair dont on parle désigne toute l’épaisseur, toute la beauté et toute la vulnérabilité de notre humanité. » Les récits évangéliques le montrent, à leur manière, en s’étonnant des blessures visibles sur le corps glorieux du Christ ressuscité, qui rappellent sa Passion.

Après la mort, retrouverons-nous ceux qui nous aimons ?

Jésus, déjà, en son temps, avait invité ceux qui lui demandaient des comptes sur la foi en la résurrection, comme les Sadducéens par exemple, à dépasser leur imaginaire trop court. Si une femme se remarie sept fois au cours de sa vie, de quelle homme sera-t-elle l’épouse au ciel ? (Evangile selon Saint Luc : Lc 20, 27-33). « D’aucun ! » répond ainsi clairement Jésus. Car notre identité nouvelle de ressuscité nous ouvre à une autre manière d’être, « pareil aux anges », tous « enfants de Dieu et enfants de la Résurrection » (Lc 20,36). On comprend mieux la discrétion des évangélistes en la matière, qui évitent toute surenchère pour décrire l’au-delà, même de manière poétique. Il faut « maintenir fermement que le monde résurrectionnel est aussi inimaginable que Dieu lui-même », rappel ainsi Daniel Marguerat (*). C’est aussi à une telle pudeur que nous invite la foi en la communion des saints.

Ressuscite-t-on immédiatement après notre mort ou tous ensemble à la fin des temps ?

Pour l’écrivain Charles Péguy, « c’est ensemble qu’on va chez le bon Dieu. Il faut donc s’attendre les uns les autres. » Derrière les mots du poète, se devine une vraie colle théologique. Car si le Christ promet, par exemple, au bon larron d’être « dès aujourd’hui » avec lui dans son Royaume (Evangile selon Saint Luc : Lc 23, 43), il annonce aussi à ses disciples un délai d’attente, même dans la mort, jusqu’à son retour (Evangile selon Saint Jean : Jn 14, 1-3).

Les théologiens et les exégètes évoquent ainsi souvent cette tension biblique entre le « déjà là » et le « pas encore » du Royaume de Dieu. Pour le Père Robert Scholtus, le plus simple est encore de repartir de notre vie relationnelle : « Toute personne humaine est façonnée par ses relations avec les autres, vivants ou morts, et avec le monde qu’elle habite. Comment pourrait-elle parvenir au bonheur plénier sans les autres ? Comment pourrait-elle entrer en communion parfaite et définitive avec Dieu sans être en communion avec le monde des vivants ? »

Il reste donc un « espace » qui nous permet de tendre à cette communion : « Ce que la tradition chrétienne a nommé ‘‘purgatoire’’ ne désigne pas une improbable salle d’attente, mais ce mystérieux temps de désir qui purifie l’homme de ce qui le sépare encore de l’amour de Dieu et de ses frères. »

Le salut offert par le Christ est pour tous. Jusque dans les plus grandes ténèbres de nos enfers, sa miséricorde est capable de venir nous prendre par la main et de nous ramener à la lumière. Les étonnantes icônes de la Résurrection (lien) le racontent à leur manière. C’est affirmer l’amour inconditionnel de Dieu qui est primordial, sinon ne fait-on pas injure à la croix du Christ ?

Pourtant, à la fin de son enseignement (Evangile selon saint Mt 25), Jésus rappelle aussi qu’il y a un choix décisif à poser dans les actes quotidiens de notre vie pour la vie éternelle. Pour un verre d’eau donné, ou non, à un « petit », tout est possible. Le meilleur et le pire.

« L’affirmation d’un jugement dernier pour tous signifie d’abord que ce que nous aurons vécu a du prix, rappelle le P. Robert Scholtus, que tout ne se vaut pas, qu’il y a une différence entre la victime et le coupable. »

« Mais les promesses de Dieu sont sans repentance, précise le théologien jésuite Gustave Martelet, elles nous sont toujours offertes, même dans nos errances les plus graves. » Et d’expliquer que le sens des « menaces » de Jésus, quand il évoque le Jugement dernier, n’est pas « voici ce qui vous adviendra, mais bien : voici ce qui, à aucun prix ne doit vous advenir. »

Source : d’après un article de Dominique Lang dans le n°6956 du magazine Pèlerin, « La résurrection, 2000 ans d’enquête », mars 2016.

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