Combien de temps Jésus est-il resté sur la croix ?

C’est une question que l’on peut se poser après avoir vu l’épisode de la crucifixion dans le film La Résurrection du Christ de Kevin Reynolds. La lecture des quatre Evangiles nous apporte un éclairage particulier. 

Saint Jean (chapitre 19, verset 14) nous indique l’heure de la condamnation de Jésus : « C’était à peu près la sixième heure. » Saint Matthieu (27, 45) nous indique l’heure du début et de la fin des ténèbres : « Et à partir de la sixième heure, il y a eu des ténèbres sur tout le pays jusqu’à la neuvième heure. »

Saint Luc (23, 44) confirme saint Matthieu : « C’était environ la sixième heure, lorsqu’il y eut des ténèbres sur tout le pays jusqu’à la neuvième heure. »

Saint Marc sera plus précis, donnant l’heure de la crucifixion : « C’était environ la troisième heure lorsqu’il fut pendu sur la croix » (15,25) et celles ténèbres : « Et lorsque ce fut la sixième heure, il y eut des ténèbres sur tout le pays jusqu’à la neuvième heure » (15, 33). Ainsi, y aurait-il contradiction entre saint Jean et saint Marc ?

Dans l’antiquité, les heures du jour étaient divisées en quatre parties de trois heures, comme on le retrouve encore aujourd’hui dans la distribution des offices des moines. Du lever au coucher du soleil, la journée se décomposait ainsi :

  • Prime : de la première à la troisième heure
  • Tierce : de la quatrième à la sixième heure
  • Sexte : de la septième à la neuvième heure
  • None : de la dixième à la douzième heure.

La première heure commençait au lever du jour, et la douzième heure se terminait au coucher du soleil. La sixième heure correspondait toujours à midi, le milieu de la journée, là où le soleil est le plus haut dans le ciel. Cependant, la longueur des jours variant a d’une saison à l’autre, de 10 heures à 14 heures, il s’ensuivait que les heures n’avaient soixante minutes qu’à l’équinoxe; l’hiver, lorsque les jours étaient plus courts, les heures du jour pouvaient être de cinquante minutes et l’été de soixante-dix minutes.

Une chose est certaine : Jésus était en croix au moment des ténèbres, de la sixième à la neuvième heure. Il est probable que les ténèbres aient débuté peu de temps après que Jésus eut été élevé en croix, ce qui mène la crucifixion un peu avant la sixième heure. La condamnation de Jésus étant effective immédiatement, on peut considérer qu’il a fallu environ soixante minutes pour la réaliser : sortir les deux autres prisonniers de prison après les avoir choisis, attacher 1e patibulum sur les épaules et les enchaîner tous les trois entre eux, réaliser entre-temps le panneau de la croix, détacher Jésus qui, exténué, titubait et chutait à plusieurs reprises, ralentissant le cortège qui devait parcourir trois cents à quatre cents mètres, et enfin crucifier les trois condamnés.

 

Alors, comment interpréter le texte de saint Marc, affirmant que « c’était la troisième heure lorsqu’il fut pendu sur la croix » ?

Une première interprétation nous vient de saint Jérôme, à laquelle adhère Claude Tresmontant (*) : il y aurait eu une erreur de notation dans le passage de l’hébreu au grec, la traduction donnant « troisième heure », aurait dû être : « trois heures plus tard ». Mais il existe aussi une autre interprétation qui permet également de lever l’apparente contradiction entre Jean et Luc. Jean écrit: « c’était à peu près la sixième heure (entre 11 heures et midi) ». L’erreur de transcription du texte hébreu en grec de Marc a pu aussi s’effectuer de la manière suivante : « c’était la troisième heure », exprimant le fait que tierce n’était pas encore achevée, et que l’on approchait de sexte. Lorsque Jean et Luc écrivent: « environ la sixième heure », ils donnent la nuance. Jésus aurait donc été mis en croix un peu avant midi, la condamnation ayant pu intervenir vers 11 heures. Cela fait une durée de l’agonie de Jésus sur la croix moins trois bonnes heures.

 

(*) In Évangile de Marc, p. 463. Claude Tresmontant (1925-1997) est un philisophe, hélléniste et hébraïsant, exégète français, dont les très nombreux travaux portent sur la philosophie des sciences et l’histoire de la pensée chrétienne depuis ses origines hébraïques.

Sources : La Passion de Jésus, de Gethsémani au Sépulcre, Dr Jean-Maurice Clerq, Editions F.-X. de Guibert.

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