Pour les chrétiens, que signifie la résurrection du Christ ?

Pour répondre à cette question soulevée dans le film La résurrection du Christ de Kevin Reynolds, un texte de haut vol du théologien et cardinal Jean Daniélou. Et si la résurrection du Christ constituait tout simplement les prémices de notre propre résurrection ?

Rechercher les choses d’en haut

Chaque année à Pâques, les chrétiens entendent l’invitation que l’Esprit-Saint leur adresse par la bouche de Saint Paul: « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu » (Lettre de Saint Paul apôtre aux Colossiens : Col 3, 1). Cette petite phrase contient la plus extraordinaire des affirmations. Elle signifie en effet, non seulement que le Christ est ressuscité, non seulement que nous ressusciterons un jour avec Lui, mais que déjà nous sommes ressuscités avec Lui par le baptême.

Tout le mystère de l’existence chrétienne tient dans cette affirmation. Apparemment, rien n’est changé à la condition humaine. Et pourtant, la résurrection du Christ a déjà accompli son opération « transfiguratrice » (lien) dans le monde caché des âmes, en sorte que le chrétien n’attend plus que la manifestation de ce qui est déjà substantiellement accompli en lui; saint Paul continue en effet: « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez vous aussi dans sa gloire (lien). »
D’abord, nous avons eu à nous demander ce que signifie ce mot même de résurrection (lien). Il est normalement associé dans nos esprits avec l’idée du retour à la vie de ce qui était mort. C’est ainsi que nous parlons de la résurrection de Lazare ou de celle du fils de la veuve de Naïm. (deux exemples de résurrection dans les Evangiles, ndlr). Mais on ne voit pas comment, en ce sens, le mot pourrait s’appliquer à l’existence chrétienne. Aussi bien a-t-il une autre signification, quand il s’applique à la résurrection du Christ.

Retour à la vie mortelle ou transcendance ?

Il s’agit alors non d’un simple retour à une vie mortelle, mais du passage de la condition mortelle, qui est la condition naturelle, à une condition immortelle, qui est transcendante à toute vie naturelle, parce qu’elle est une mystérieuse participation à la vie de Dieu. Cette immortalité n’est pas l’immortalité philosophique, qui est persistance de l’âme dans l’existence. Car, cette persistance peut être une mort spirituelle. Elle est la vivification d’un être mortel par les énergies divines qui lui communiquent une incorruptibilité surnaturelle et l’élèvent au-dessus de la condition mortelle.

La vie de Dieu qui est communiquée

Le mystère chrétien de la Résurrection est précisément cela. D’elle-même la nature humaine est vouée à la mort, comme tout ce qui appartient à la biosphère dont elle fait partie par son corps animal. Mais le Verbe de Dieu, qui, dès l’origine, avait appelé la nature humaine à l’immortalité, en l’introduisant dans le paradis et en la destinant à se nourrir du fruit de l’arbre de vie, vient ressaisir cette nature que le péché d’Adam avait réduite à la condition mortelle (lire pour cela la Genèse). Par sa Résurrection, il lui communique la vie incorruptible qui est la sienne. Par son Ascension, il l’exalte à la droite du Père. Et son humanité glorifiée devient le principe de résurrection pour tout homme qui est greffé sur elle par le baptême.

Une aventure inouïe

La Résurrection signifie donc ici l’exaltation de l’humanité au-dessus d’elle-même dans le monde inaccessible de Dieu. Elle est la bonne nouvelle par excellence, la prestigieuse destinée à laquelle l’amour du Père a appelé l’humanité dans le Fils unique par le don de l’Esprit. Elle est cette aventure inouïe par laquelle ces êtres de chair et de sang que nous sommes, si proches du monde animal, sont plongés tout vivants, dans le feu consumant de la vie trinitaire (lien), qui détruit tout ce qui est mortel et communique l’incorruptibilité: « afin que tout ce qui est mortel soit englouti par la vie » (2 Co 5,4). Et ceci n’est possible que par ce geste de Dieu qui, dans le Christ, descend vers notre nature charnelle et, l’ayant saisie, la soulève au-dessus d’elle-même pour l’emporter dans les profondeurs du Père, « là où le Christ demeure assis à la droite de Dieu ».

Les prémices de notre propre résurrection

La résurrection du Christ constitue ainsi les prémices de notre propre résurrection. Avec le Christ, une part de notre humanité est déjà exaltée dans les profondeurs de Dieu. Le Christ est ainsi, nous dit l’Epître aux Hébreux (lien), comme une ancre jetée non dans la profondeur de la mer, mais dans les hauteurs du ciel. Il est le garant de notre espérance, puisque cette espérance est déjà accomplie en lui. Plus encore, le Christ de gloire attire toute l’humanité en vertu d’une mystérieuse gravitation, dont parlait Augustin : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi », dit Jésus (Evangile selon Saint Jean Jn 12,32). Le Christ, premier-né d’entre les morts, a fait le premier éclater les limites de l’existence dans laquelle nous étions enfermés comme dans une prison. La science peut agrandir cette prison, elle ne nous en fait pas sortir. Par le Christ, notre destinée débouche dans l’infini de la vie de Dieu.

Cette vertu de la résurrection du Christ nous atteint tout entier. Elle atteindra un jour nos corps morts, quand son étincelle viendra les toucher, les dressera à nouveau et les vivifiera d’une vie qui ne sera plus seulement celle de la chair et du sang, mais de l’Esprit incorruptible qui communiquera à nos corps mortels son incorruptibilité. Mais elle nous atteint dès maintenant dans nos âmes mortes par le péché qui nous privait de la vie de Dieu en suscitant une vie dans l’Esprit de ce même Dieu, qui convertit nos intelligences et nos coeurs, les fortifie, les vivifie et nous rend capable d’aimer les autres de l’amour même de Dieu.

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