La Résurrection du Christ : critique du National Catholic Register

Le film La Résurrection du Christ est sur les écrans français depuis le 4 mai dernier. Voici un autre son de cloche, tout en finesse : celui du critique de cinéma du National Catholic Register (US), Steven D. Greydanus. Il est également fondateur de Decent Films, un outil d’appréciation des films avec un regard chrétien, et poursuit actuellement des études en vue d’un diaconat permanent pour l’archidiocèse de Newark, New Jersey (USA).

Le très inégal La résurrection du Christ est à son apogée dans les premières scènes, qui dépeignent les événements du Vendredi Saint, du Samedi Saint et du dimanche de Pâques sous une perspective nouvelle.

Les premiers instants de La Résurrection du Christ présentent une courte scène durant laquelle le protagoniste incarné par Joseph Fiennes, un tribun romain nommé Clavius, de retour à Jérusalem après une escarmouche sanglante avec un groupe de zélotes juifs rebelles, est appelé par Ponce Pilate. Agacé, Clavius proteste : « Je suis encore tout collant de saleté ».

Ce dialogue présente une belle qualité archaïque, le sentiment de Clavius nous étant présenté comme celui d’un homme d’un autre âge et d’un autre lieu. Dans un film d’époque, j’aime qu’on nous laisse ressentir les personnages comme étant un peu « étrangers » à nous, plutôt que comme des Occidentaux modernes déguisés en habits d’époque.

Réalisé par Kevin Reynolds (La vengeance de Monte Cristo), co-écrit avec Paul Aiello, La Résurrection du Christ est à son apogée dans les premières scènes, qui dépeignent les événements du Vendredi Saint, du Samedi Saint et du dimanche de Pâques sous une perspective résolument dérangeante. C’est peut-être le seul film sur Jésus dans lequel nous le rencontrons d’abord sur la croix, déjà mort ou presque.

Le film prend le parti de rendre « déroutante » la plus connue des histoires, par exemple en ne citant le nom de Jésus que sous sa forme en hébreu, Yeshua. Pierre est encore Pierre et non Céphas (ou Petros), et le nom de Marie, plutôt que Miriam, est utilisé à la fois pour la mère de Jésus et Marie-Madeleine – mais ces noms sont très peu employés, et, de toute façon, Jésus est le nom qui compte le plus.

Le film prend des risques à travers des choix non conventionnels, qui paient parfois. La représentation des gardes romains au sépulcre de Joseph d’Arimathie comme une doublette de rustres indisciplinés qui s’enivrent et semblent s’endormir pourra soulever les plus pieux des sourcils, qui préfèrent imaginer une surveillance romaine plus accrue sur le corps de Jésus, pour mieux certifier le miracle du matin de Pâques.

Mais la trame du film, pour sa première moitié du moins, repose sur l’incertitude de ce qu’il s’est exactement produit, et la version présentée n’est certainement pas invraisemblable. Cependant, arrive ensuite un moment où l’incertitude se dissipe, et avec elle une grande partie de l’intérêt du film.

La Résurrection du Christ redevient l’incarnation de l’époque glorieuse que Stephen Whitty appelle celle « bon film païen » – des films comme Quo Vadis ou La tunique, qui racontent l’histoire chrétienne du point de vue d’un citoyen romain sceptique ou d’un incroyant qui accède à la foi et au repentir, le plus souvent dans les dernières minutes.

La même structure scénaristique a d’ailleurs été utilisée dans de nombreux films à caractère religieux ancrés dans l’époque moderne, par exemple Les sœurs casse-couLa Résurrection du Christ place cette conversion au cœur du film, ce qui s’avère à la fois ambitieux et risqué.

Ambitieux, parce que construire l’histoire avec pour point culminant la conversion est un choix avisé, mais limitant. « Une rencontre avec le Christ devrait lancer l’action, pas la conclure », écrivait Harry Cheney en 1983 dans la revue Christianity Today au sujet d’un film de Billy Graham appelé Le prodige.

Rien que la manière dont une rencontre avec le Christ devrait porter l’action est, bien sûr, un défi créatif – d’où le risque, si le cinéaste ne parvient pas à fournir de réponse satisfaisante.

En l’occurrence, le film n’apporte pas de réponse satisfaisante. Je ne pense pas que ce serait une révélation un peu trop audacieuse que de dire que la rencontre entre Clavius et le Christ ressuscité est littérale et charnelle, et que cette rencontre marque la fin de la vie que Clavius a connue jusqu’alors. Ce qui est moins évident, c’est quel genre de vie commence alors.

Dans sa deuxième moitié, le parti-pris déroutant du film cède la place à une sorte de midrash sur les évocations traditionnelles des Évangiles. L’effet varie alors du divertissement (lorsque Clavius guide habilement les apôtres au travers d’une patrouille romaine sur la route de Jérusalem en Galilée) à la distraction révisionniste (lorsque Clavius rejoint Pierre, Jacques et Jean dans le bateau sur la sortie de pêche évoquée dans le chapitre 21 de l’Évangile selon Saint-Jean !).

Clavius y devient une sorte de public de substitution, un étranger dont la présence invite le spectateur à s’imaginer lui-même plongé dans ces scènes familières. Le hic est que Clavius est un néophyte en pleine lutte, et La Résurrection du Christ, en dépit de son intrigante première partie, semble finalement destiné à un public croyant plus qu’aux sceptiques ou aux non-croyants, ce qui a pour effet de rendre le personnage de Clavius peu convaincant.

Une partie du problème est que Clavius est essentiellement une énigme : un personnage sans historique, sans relations notables, sans contexte personnel de quelque nature que ce soit. Nous savons qu’il est un homme de sang et d’acier et qu’il attend avec impatience « un jour sans mort » (étant entendu qu’il s’agit de la mort d’autres personnes). Qu’est-ce que la rencontre avec le Christ représente pour un homme tel que lui ? En quoi cela change-t-il sa vision de la vie ?

Ce ne sont pas simplement des questions spirituelles simplement importantes, ce sont des questions importantes au niveau du scénario. L’histoire d’une conversion est une sorte de développement du personnage, et le développement du personnage exige des précisions. Pardonner quelque mal passé, surmonter les préjugés, échanger l’orgueil pour l’humilité, abandonner sa volonté propre à la volonté divine – quelque chose.

Le personnage de Clavius n’évolue pas selon ce genre de précisions. Il y a un moment intéressant au début du film lors duquel Clavius offre la prière d’un païen maladroit à la divinité des Hébreux. Mais ni cela, ni une certaine angoisse de dernière minute dans son dialogue avec Jésus sur la recherche de « certitude » et sur la crainte « d’être dans l’erreur et de faire un pari erroné sur l’éternité » n’offre de vision profonde sur son personnage.

« Parier sur l’éternité » pour modifier les croyances d’une personne est une idée tout à fait anachronique : les Romains ne parlaient pas ou ne pensaient pas leur religion de cette façon, et même si l’on tente d’accepter cela dans le contexte judéo-chrétien du premier siècle, la tentative de prière de Clavius à Yahweh montre qu’il est trop païen pour penser de manière si chrétienne.

L’autre partie du problème, hélas, est que les personnages des disciples – dont le Yeshua ressuscité – ne sont pas davantage développés, et portent assez peu le sens d’une éthique chrétienne. Yeshua (Cliff Curtis) est amical et mystérieux, mais il n’exprime rien de très surprenant, ni à nous ni à Clavius.

« Il n’y a aucun ennemi ici », dit-il à Clavius lorsque celui-ci fait irruption dans la Chambre Haute et reconnaît l’homme qu’il a vu mort sur la croix. Plus tard, lorsque Clavius avoue qu’il ne sait pas quoi lui demander, Yeshua l’invite à « parler avec (son) cœur ». Le Seigneur ressuscité ne devrait-il pas avoir des paroles plus profondes que Yoda ou Aragorn ?

La Résurrection du Christ présente toutefois quelques moments forts. J’apprécie particulièrement, dans la scène d’ouverture, le court échange de Clavius avec le leader capturé zélote à qui le Romain s’adresse en ces termes : « Dis à Yahweh que tu viens avec la permission de Mars ». Lorsque le chef zélote lui rétorque que cela doit peiner Clavius que le seul vrai Dieu choisisse les Hébreux et pas les Romains, le tribun lui répond sournoisement : « Pas aujourd’hui ».

La meilleure scène de toutes est celle de la taverne, lorsque Clavius, explorant toutes les pistes sur la disparition du corps du roi des Juifs exécuté, obtient enfin la véritable histoire de l’un des pauvres gardes présent à ce moment. Assister aux suites immédiates de la résurrection de Jésus est saisissant, et le meilleur moment du film en termes de profondeur de personnage, avec l’interrogatoire de Marie-Madeleine (interprétée par María Botto).

Mais ces moments forts sont noyés dans de mauvais choix. Le chef zélote est identifié comme étant Barabbas, qui ne semble guère avoir eu le temps de passer du jugement de Pilate à sa libération le matin de la bataille où Clavius le tue. Il est également choquant de penser que le premier homme libéré symboliquement par la mort de Jésus meure avant Jésus lui-même. Dans tous les cas, Clavius n’aurait-il pas du ramener Barabbas à Jérusalem pour la crucifixion ?

De manière assez confondante, La Résurrection du Christ parvient effectivement à combiner les inconvénients d’un imaginaire médiéval avec ceux d’un imaginaire protestant désacralisé.

En outre, Marie-Madeleine est présentée comme une prostituée – une interprétation datant du VIe siècle et de laquelle elle a reçu l’absolution à la fois par l’érudition biblique et, pour une bonne partie, par l’imaginaire populaire contemporain. Le film reste insensible à la discussion contemporaine autour de la représentation des Juifs dans l’Évangile. Il n’y a aucun personnage juif agréable qui ne soit un disciples de Jésus – y compris parmi les disciples féminines, qui étaient les premières à découvrir le tombeau vide et à rencontrer le Christ ressuscité.

D’un autre côté, dans la scène par ailleurs très efficace de l’Ascension, Jésus donne aux apôtres leur mission, mais omet de mentionner le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans une scène qui aurait pu avoir une toute autre résonnance eucharistique, alors que les apôtres rompent et partagent le pain autour d’un feu de camp tout en récitant le Notre Père, Pierre jette négligemment un morceau de pain au sol, par-dessus son épaule, à destination de Clavius (non, ce n’est pas réellement l’Eucharistie, mais tout de même).

La Vierge Marie est à peine traitée comme un personnage. Et lorsque Pierre affirme trois fois son amour pour Jésus et reçoit sa triple mission, mais sans aucun élément illustrant sa culpabilité quant à sa triple dénégation, ce moment perd de sa puissance rédemptrice.

Pour toutes ces raisons, La Résurrection du Christ demeure plus intéressant à certains égards qu’une dramatisation pure et simple de l’Évangile comme Son of God. Il est loin d’être pleinement satisfaisant, mais pour les spectateurs les plus croyants, ses forces l’emporteront sur ses lacunes.

 

Traduit de l’anglais par David B. pour La résurrection du Christ.com.

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